Allergies alimentaires: des recherches scientifiques prometteuses

- 31 octobre 2017
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Les allergies poursuivent l’homme depuis l’époque du Néandertal. Si elles ont été relativement discrètes pendant des siècles, elles vivent une importante éclosion depuis les dernières décennies. Des découvertes récentes pourraient toutefois changer la donne et ouvrir la voie à des percées thérapeutiques.

Allergies en hausse

Désormais, plus d’un quart de million de Québécois souffrent d’allergies alimentaires, soit 4 % de la population adulte contre 8 % de la population juvénile. Fait criant: ce chiffre tend à doubler tous les cinq ans.

L’allergie s’explique par une réaction spontanée et singulière du système immunitaire lors d’un contact direct avec un agent pathogène. Pour une raison encore imprécise, l’organisme présente alors une réaction exagérée en produisant des anticorps spécifiques responsables des symptômes de l’allergie, dont le choc peut être mortel.

Plusieurs s’interrogent sur la popularité récente et montante des allergies. Bien que nombreuses, les causes liées à cette hypersensibilité demeurent plus ou moins définies. De récentes études portent à croire que la pollution et les transformations imposées à l’industrie agroalimentaire seraient en cause. L’accès à des mets préparés contenant une multitude d’aliments transformés augmenterait le contact avec des ingrédients porteurs d’allergènes.

De même, les multiples transformations imposées par l’industrie agroalimentaire favoriseraient la mutation de molécules naturelles en aliments allergisants. Qui plus est, la combinaison de ces différents aliments aurait un effet direct sur le coefficient d’intensité allergique. Une étude effectuée en 2003 par des chercheurs anglais aurait effectivement démontré que le fait de mélanger du lait de soya avec de l’arachide multiplierait par 2,6 le risque d’allergie à cette dernière.

L’augmentation croissante pourrait également être attribuée tant à la consommation massive d’antibiotiques et à la diminution de l’allaitement maternel qu’aux environnements aseptisés. Alors que les microbes font normalement office d’indicateur de tolérance face aux agents étrangers à l’organisme, leur contact maintenant plus restreint avec le système immunitaire amènerait ce dernier à être désorienté et à se défendre contre des intrants normalement inoffensifs, tels les aliments.

Des traitements efficaces à l’horizon

Outre l’éviction de l’aliment allergène, l’EpiPen demeure, à ce jour, le traitement d’urgence le plus populaire pour contrer les réactions allergiques intenses. L’effet soulageant étant toutefois temporaire, plusieurs chercheurs s’appliquent, d’une part, à mieux comprendre les facteurs allergéniques et, d’autre part, à développer des traitements permanents qui, sans éliminer totalement les symptômes d’allergie, pourraient augmenter la tolérance à l’allergène.

L’année 2017 a d’ailleurs été très généreuse du côté des découvertes scientifiques liées aux allergies. Au printemps, la chercheuse Lamia L’Hocine, du Centre de recherche et de développement de Saint-Hyacinthe d’Agriculture et Agroalimentaire Canada, a permis d’établir que les arachides bouillies présentent des protéines qui se dégradent très rapidement dans le système digestif comparativement aux arachides rôties, lesquelles résistent mieux à la digestion. Étonnamment, les arachides rôties ont démontré une résistance accrue à la digestion lorsqu’elles sont mélangées à des corps gras et du sucre (exemple: pâte à biscuit).

En dépit du fait que ces résultats aient été obtenus in vitro, ces conclusions tendent à démontrer qu’une arachide bouillie pourrait restreindre les réactions allergiques. En effet, ces dernières évoluent sous deux phases distinctes, mais souvent corollaires: contact direct et sensibilisation du système immunitaire gastro-intestinal. On peut donc penser que la consommation d’arachides bouillies pourrait diminuer les inconvénients causés par les réactions en phase 2.

Au même moment, les résultats d’une étude clinique française ont démontré qu’un timbre épidermique serait efficace contre l’allergie aux arachides et pourrait potentiellement l’être contre d’autres allergies alimentaires. Basé sur l’hypothèse qu’il est possible d’amoindrir le choc allergique affectant le système immunitaire directement par la peau, le timbre contient un extrait très concentré de protéine d’arachide. Une diffusion s’effectue donc dans l’épiderme sans passer par le sang, assurant ainsi une désensibilisation progressive à l’arachide.

Les résultats ont démontré que 83,3 % des participants ont pu décupler la quantité d’arachides qu’ils pouvaient consommer sans entraîner de choc allergique. La Food and Drug Administration (FDA), aux États-Unis, a d’ailleurs octroyé à ce timbre le statut de « percée thérapeutique ». On peut donc penser qu’il serait commercialisable dès 2018. Les essais se poursuivent d’ailleurs afin de déterminer si les résultats peuvent être tout aussi prometteurs quant à l’allergie au lait et à l’œuf.

Cet été, des chercheurs australiens ont partagé la conclusion de leurs essais cliniques effectués à l’Institut de recherche Murdoch pour les enfants à Melbourne en 2013. L’hypothèse qui motivait cette étude supposait que l’administration de probiotiques accompagnés de faibles doses de protéines d’arachides permettrait d’augmenter la résistance allergique. Quatre ans plus tard, les études démontrent que plus de 82 % des enfants ayant participé à l’étude, par conséquent des enfants allergiques aux arachides, peuvent aujourd’hui en consommer au même titre qu’un enfant non allergique.

Ces données laissent sous-entendre non seulement que le traitement permet une véritable tolérance à long terme, mais également qu’une guérison de l’allergie à l’arachide peut être envisageable. Les derniers essais cliniques chargés de corroborer ces données seront entrepris rapidement afin de commercialiser un produit offrant les avantages thérapeutiques ciblés.

Projet pilote en cours au CHU Sainte-Justine

Plus accessible, l’immunothérapie orale permettrait également au système immunitaire de limiter ses réactions excessives face à un aliment allergène. Pour ce faire, il s’agit d’exposer le corps à des microdoses (0,1 milligramme, soit l’équivalent de 1/2500 d’arachide) et de les augmenter progressivement. Les résultats seraient largement positifs, la tolérance marquée étant de l’ordre de 80 %, et ce, tant pour l’arachide que pour le lait et les œufs. À ce propos, un projet pilote autorisé par le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, vient d’ailleurs d’être lancé au CHU de Sainte-Justine, où on prévoit désensibiliser 225 patients de 2017 à 2018, et 275 par année pour les deux années suivantes.

Prometteurs, ces traitements remettent en doute l’idée préconçue voulant qu’une allergie « ne se soigne pas » et qu’il faille « apprendre à vivre avec elle ». En sachant qu’une allergie peut survenir à tout moment de la vie et non uniquement dans l’enfance, les résultats annoncés jusqu’à maintenant sont donc porteurs d’un véritable vent d’espoir pour les milliers de personnes souffrant d’allergies alimentaires.

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