Détecter plus rapidement le cancer grâce aux liquides contrastants : entrevue avec un expert

- 9 février 2017
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Stephen Marchant a travaillé en biotechnologies dans les domaines de l’immunologie, de l’imagerie moléculaire et de la recherche sur les cellules souches, dans les milieux universitaires et industriels.

Entrepreneur dans l’âme, il démarre en 2013 sa propre entreprise, MédiLumine, spécialisée dans le développement de produits de contraste pour l’imagerie par rayons X chez les petits animaux, pour les organes du cœur et du foie (système hépatobiliaire). Expert dans son domaine, il travaille aujourd’hui en étroite collaboration avec plusieurs laboratoires internationaux et centres de recherche universitaires spécialisés dans la recherche sur le cancer et d’autres types de maladies humaines.  

Afin d’en apprendre un peu plus sur ce domaine passionnant, je me suis entretenue avec lui.

Qu’est-ce qu’un liquide contrastant?

Un produit de contraste est une substance permettant la visualisation des tissus mous par imagerie à rayons X (tomodensitométrie). Si une imagerie du corps humain par rayons X est réalisée sans liquide contrastant, seule une visualisation du squelette sera obtenue et il sera difficile, voire impossible, de distinguer l’ensemble des organes appelés communément « tissus mous », tels que le foie, la rate et le cœur, ainsi que les cancers qui peuvent les affecter.

Où en est la science dans le domaine à l’heure actuelle?

À l’heure actuelle, des liquides contrastants utilisés pour des imageries par scan à rayons X sont disponibles sur le marché pour l’être humain. Ces produits sont sécuritaires et sont excrétés par l’organisme très rapidement, parfois en moins de 60 secondes. Cependant, puisqu’ils sont excrétés si rapidement, il est impossible de bénéficier de la haute résolution de la tomodensitométrie et de voir les organes et tumeurs cancéreuses en haute résolution. Pour tirer avantage de cette puissance de résolution, il faut être en mesure d’aller chercher l’information au niveau cellulaire par l’utilisation de produits de contraste capables de pénétrer à l’intérieur même des cellules.

Dans le cas de dépistage du cancer chez l’être humain, cette méthode d’imagerie à haute résolution reste encore expérimentale et le corps médical va plutôt privilégier l’imagerie par résonnance magnétique et la médecine nucléaire.

C’est pourquoi de nombreuses recherches sont menées à la fois sur les équipements à rayons X (tels que la tomodensitométrie spectrale ou la tomodensitométrie à énergie double) et sur les produits de contraste capables de pénétrer dans les cellules cancéreuses. Nous savons que, pour le cancer, le moment de la détection représente un enjeu majeur et que plus la détection est rapide, meilleures sont les chances de guérison. La puissance de résolution des équipements à venir nous permettrait de détecter des cancers dès les premiers stades de leur apparition, voire de les prévenir.

Enfin, il est important de rappeler que les liquides de contraste doivent absolument être sécuritaires et donc être excrétés rapidement par l’organisme. Il est facile de comprendre qu’un liquide contrastant qui permettrait l’obtention des informations cellulaires requises, mais qui resterait deux heures dans l’organisme exposerait le patient à deux problèmes majeurs : une haute dose de radiation (temps du scan prolongé) et un risque de toxicité élevé. C’est pourquoi des recherches sont actuellement menées dans le monde pour développer un produit de contraste capable de pénétrer à l’intérieur même des cellules (telles que les cellules cancéreuses) et, à la fois, pour conceptualiser un modèle d’imagerie qui n’exposerait pas le patient à des doses de radiation élevées.

En quoi ces méthodes et produits sont-ils plus éthiques lors des essais menés en laboratoire sur les souris?

La recherche menée avec ces produits et méthodes est plus éthique, car le nombre d’animaux utilisés est grandement réduit. À titre d’exemple, si l’on souhaite évaluer l’effet d’une drogue dans le temps sans imagerie, il est nécessaire de commencer avec une large cohorte de souris et d’en sacrifier un certain nombre à J+1, J+2, J+3, etc. Ce type de recherche est dit invasif. En imagerie, la cohorte initiale est plus petite et le suivi dans le temps est effectué par scan (système non invasif).

Quelle est l’implication de MédiLumine dans ces recherches?

Depuis sa création, MédiLumine se concentre sur le développement de produits contrastants par rayons X à haute résolution destinés aux petits animaux et, plus particulièrement, l’angiographie (imagerie vasculaire) et l’imagerie des tumeurs hépatique. Actuellement, les grands laboratoires de recherche utilisent les produits élaborés par MédiLumine pour dépister les cancers chez les souris de laboratoire ou mesurer l’efficacité d’une intervention thérapeutique. La force de ces produits provient du fait qu’ils sont capables de pénétrer dans les cellules de l’organisme tout en étant excrétés par le système hépatobiliaire de la souris au bout de 72 h. L’entreprise travaille également avec les laboratoires de recherche sur les nouveaux concepts de théranostique, c’est-à-dire le fait de cartographier par imagerie les cellules cancéreuses en même temps qu’un traitement est appliqué de manière ciblée.

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