Mathieu Leblanc
Directeur principal | Ing., M. Ing., MBB | Fiscalité

Il ne se passe pas une journée sans qu’on entende parler de la fabrication additive, plus communément appelée impression 3D.

Bien que la technologie date de plus d’une vingtaine d’années et que plusieurs brevets soient déjà venus à échéance, son adoption rapide dans des secteurs tels que l’aéronautique et le domaine médical a créé un engouement sans précédent, notamment de la part des investisseurs. Il n’est pas évident par contre pour les propriétaires de PME manufacturières québécoises d’y trouver leur compte : en quoi cette technologie risque-t-elle de changer leur modèle d’affaires? Par où devraient-ils commencer?

Je trouve ce champ d’intérêt fascinant et je me suis entretenu avec Martin Lavoie, directeur exécutif de Canada Makes, un organisme national qui se consacre au développement et à l’adoption des technologies de fabrication additive, afin de démystifier le sujet.

Les mythes et réalités de la fabrication additive (impression 3D)

Mythe no 1 : Tout le monde aura une imprimante 3D à la maison.

Eh bien non. L’idée que l’impression 3D serait aussi populaire dans nos maisonnées que le four à micro-ondes ou l’ordinateur personnel est un peu farfelue. D’ailleurs, elle a propulsé les actions de certaines sociétés telles que Stratasys à des sommets inespérés… avant de ramener tout le monde sur terre. Par contre, le marché industriel, notamment le prototypage rapide et la fabrication d’outillage, s’est rapidement imposé dans le modèle d’affaires des fabricants d’imprimantes 3D et des centres de services.

Mythe no 2 : On ne peut imprimer que des jouets en plastique.

Si c’est ce que vous pensez, ça fait un bon bout de temps que vous n’avez pas fait de recherches sur l’impression 3D dans Google! Les imprimantes 3D peuvent aujourd’hui fonctionner avec une variété impressionnante de matériaux, des thermoplastiques aux métaux les plus exotiques tels que le titane et même des matériaux composites. Un entrepreneur de Montréal a même inventé une imprimante capable d’imprimer des nanomatériaux. Sous peu, des entreprises commercialiseront des machines capables d’imprimer des matériaux conducteurs, ce qui révolutionnera le marché des produits électroniques.

Mythe no 3 : Seules les grandes entreprises peuvent se permettre d’acheter ces imprimantes dispendieuses.

Le marché s’est grandement diversifié, et très rapidement. S’il est vrai que les imprimantes métal industrielles peuvent coûter facilement plus de 500 000 $, des imprimantes industrielles plastiques se vendent pour moins de 100 000 $. Il y en a pour tous les goûts et pour tous les budgets. À la conférence RAPID, aux États-Unis, une entreprise a lancé ce mois-ci une imprimante métal coûtant 120 000 $.

Mythe no 4 : Tout va s’imprimer à l’avenir.

Alors là, certainement pas! Plusieurs objets, pièces et composantes industrielles vont toujours se machiner à un prix avantageux. Cependant, il est vrai que certaines pièces complexes ne pourraient pas être machinées; elles devront donc à l’avenir être imprimées en 3D. Il est important de bien comprendre les avantages et les inconvénients de l’impression 3D et de les analyser en fonction des pièces que vous fabriquez. Demandez l’avis d’experts! Ils vous aideront à monter votre plan d’affaires relatif à l’impression 3D.

Mythe no 5 : La technologie est trop nouvelle, ça ne vaut pas la peine d’investir là-dedans.

La réalité pourrait vous rattraper beaucoup plus tôt que vous ne le pensez. Regardez autour de vous les sociétés qui se lancent dans l’impression 3D de pièces et de composantes : General Electric, Siemens, Ford, United Technologies Corporation et j’en passe. Si vous êtes de près ou de loin dans la chaîne d’approvisionnement de ces sociétés, ou dans les mêmes secteurs industriels, vous feriez mieux de vous y mettre dès maintenant. Engagez un étudiant coop qui a un peu d’expérience dans la fabrication additive et donnez-lui le mandat d’effectuer une étude de faisabilité. Déterminez dès maintenant où cela a du sens d’adopter cette technologie. Et si l’analyse de rentabilité est bonne, eh bien lancez-vous, faites affaire avec un centre de services, car, après tout, vous êtes un entrepreneur, et les bons entrepreneurs ne manquent jamais une occasion de faire croître leur entreprise.

 

Si vous n’avez encore pas vu d’exemples probants en aéronautique, je vous invite à visionner des vidéos de GE, dont celles qui se trouvent ici :

http://www.engineering.com/3DPrinting/3DPrintingArticles/ArticleID/14434/GEs-Greg-Morris-Discusses-the-Formation-of-GE-Additive.aspx

Un autre exemple de pièce faite avec la technologie de Norsk (Rapid Plasma Deposition) pour le Boeing 787 (la finition est effectuée chez Mecachrome à Mirabel!) :

https://www.aero-mag.com/norsk-titanium-aerospace-grade-additive-manufactured-structural-components-boeing-787-dreamliner/

30 Mai 2017  |  Écrit par :

M. Leblanc est directeur principal au sein de Raymond Chabot Grant Thornton. Il est votre expert en...

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