
Pendant longtemps, la gestion des risques a reposé sur une équation relativement simple : repérer les menaces, souscrire une couverture d’assurance adéquate et reprendre les activités en cas d’imprévu. Cette logique est aujourd’hui mise à l’épreuve.
Les événements climatiques extrêmes gagnent en fréquence, en intensité et en coût. Leurs conséquences dépassent largement les dommages matériels : elles touchent les chaînes d’approvisionnement, la main-d’œuvre, les infrastructures et la capacité même des organisations à rester debout.
En 2024, les pertes causées par des phénomènes météorologiques ont atteint 8,5 milliards de dollars en indemnisations au Canada, soit près de douze fois la moyenne annuelle enregistrée entre 2001 et 2010. Plus de 228 000 réclamations liées à des catastrophes naturelles ont été déposées en juillet et en août. Au Québec, les restes de l’ouragan Debby ont généré à eux seuls 2,7 milliards de dollars de dommages assurés, un record provincial.
Face à cette réalité, la question n’est plus de savoir si votre entreprise possède une bonne couverture d’assurance, mais si elle est résiliente, c’est-à-dire capable d’anticiper les perturbations, de maintenir ses activités essentielles et de se rétablir rapidement après un sinistre climatique, une cyberattaque, une rupture d’approvisionnement ou une crise géopolitique.
Risques climatiques : ce que les marchés internationaux révèlent
Au Québec et au Canada, les facteurs ESG ne constituent pas encore un critère formel de souscription pour la majorité des assureurs de dommages. Ailleurs dans le monde, le secteur de l’assurance s’adapte déjà à la nouvelle réalité, et les transformations en cours en sont la preuve.
En Europe, l’Autorité européenne des assurances et des pensions professionnelles (AEAPP) travaille activement à intégrer les risques climatiques dans les exigences imposées aux assureurs. De grands joueurs internationaux, comme AXA et Allianz, ont déjà modifié leurs politiques pour exclure certaines industries liées aux énergies fossiles. En Californie, plusieurs assureurs ont suspendu la souscription dans des zones jugées trop exposées aux feux de forêt, tandis qu’en Floride, d’autres se sont retirés du marché après les violents ouragans qui ont balayé la région.
Encore une fois, le Québec n’en est pas là, mais cette évolution reflète bien la direction que prend le secteur : investisseurs, institutions financières, assureurs et donneurs d’ordres s’attendent désormais à ce que les entreprises démontrent leur capacité à gérer les risques climatiques et opérationnels. Dans ce contexte, la résilience devient un indicateur tangible de maturité ESG et un facteur de confiance pour l’ensemble de vos partenaires d’affaires.
Assurance et résilience climatique : quelle différence pour votre entreprise?
Une assurance permet de compenser certaines pertes financières, mais pas de remplacer instantanément un fournisseur important, ni de rétablir une chaîne logistique perturbée. De plus, elle n’a aucun pouvoir sur une clientèle perdue après plusieurs semaines d’activités interrompues. L’assurance sert de filet de sécurité. La résilience vise, quant à elle, à maintenir les fonctions essentielles de l’organisation et à accélérer le retour à la normale après un imprévu majeur.
Les événements climatiques récents au Québec l’illustrent bien. Un manufacturier dont l’usine est inondée peut voir ses opérations paralysées pendant des semaines — couverture complète ou non. Une entreprise de transport peut se retrouver bloquée si ses corridors routiers deviennent impraticables. Un établissement touristique peut perdre toute une saison à la suite d’un été marqué par des catastrophes naturelles. Dans chacun de ces cas, retards de livraison, départ de clients et occasions d’affaires manquées peuvent peser longtemps sur la performance et sur la viabilité économique.
Il est donc temps d’effectuer un virage et de vous demander non pas si une crise surviendra, mais comment vous allez la traverser.
Les secteurs les plus exposés
Si toutes les entreprises sont concernées, certains secteurs présentent une vulnérabilité accrue face aux perturbations climatiques et opérationnelles :
- construction;
- agriculture et agroalimentaire;
- transport et logistique;
- tourisme et hébergement;
- foresterie;
- industrie manufacturière;
- mines et ressources naturelles.
Pour ces secteurs, une interruption de quelques jours peut rapidement se transformer en perte de contrats, en rupture de relations avec des clients stratégiques ou en retards en cascade difficiles à rattraper. Si vous en faites partie, il est donc important de mettre sur pied un plan de continuité afin d’assurer votre poursuite opérationnelle.
Cinq piliers pour bâtir la résilience de votre entreprise
1. Comprendre ses vulnérabilités
Avant tout, une organisation doit inventorier ses dépendances critiques : actifs stratégiques, infrastructures, fournisseurs, personnel clé et systèmes numériques. Sans cette cartographie, les angles morts sont nombreux.
2. Préparer la continuité des activités
Les entreprises les mieux préparées documentent les processus essentiels à maintenir en situation de crise et prévoient les ressources nécessaires à une reprise rapide.
3. Développer des scénarios de contingence
Que se passerait-il si votre usine principale devenait inaccessible? Si un fournisseur clé cessait ses opérations? Si une panne énergétique durait plusieurs jours? Si une cyberattaque paralysait vos systèmes critiques? Les organisations résilientes répondent à ces questions avant que les événements surviennent, pas pendant.
4. Sécuriser la chaîne d’approvisionnement
Les perturbations des dernières années ont démontré qu’un seul fournisseur défaillant peut compromettre l’ensemble d’une opération. La diversification et la cartographie des fournisseurs critiques ne sont plus de bonnes pratiques optionnelles. Ce sont des outils stratégiques.
5. Faire de la résilience un enjeu de gouvernance
La résilience doit être discutée à la même table que les finances, les investissements et la croissance. Vous devez notamment mesurer le pourcentage d’activités couvertes par votre plan de continuité, le temps maximal d’interruption tolérable, le temps réel de reprise après un incident, la proportion de fournisseurs critiques évalués et le niveau d’exposition des actifs aux risques climatiques.
Le test ultime : les questions qu’un dirigeant devrait se poser aujourd’hui
Un plan non testé demeure une hypothèse. La meilleure façon de vérifier votre niveau de préparation est de vous poser ces cinq questions et d’y répondre honnêtement :
- Combien de temps mon entreprise peut-elle interrompre ses activités avant de subir des pertes majeures?
- Connaissons-nous nos fournisseurs critiques?
- Nos plans de relève sont-ils documentés?
- Avons-nous testé notre plan de continuité au cours des 12 derniers mois?
- Qui prend les décisions si une crise survient demain matin?
Si vous ne pouvez pas répondre avec certitude à ces cinq questions, il est temps d’agir.
Les sinistres climatiques se multiplient et leurs impacts dépassent ce qu’une assurance peut couvrir. Toutes les entreprises québécoises gagnent à développer leur résilience organisationnelle. Voici ce qu’une démarche structurée permet de faire :
- Recenser les dépendances critiques et les zones de vulnérabilité de votre organisation;
- Préparer des plans de continuité pour maintenir vos activités en situation de crise;
- Développer des scénarios de contingence avant que les événements surviennent;
- Sécuriser votre chaîne d’approvisionnement face aux perturbations;
- Intégrer la résilience comme enjeu de gouvernance à part entière;
- Tester vos plans par des simulations impliquant la direction.
La résilience organisationnelle est appelée à devenir un avantage concurrentiel majeur pour les entreprises québécoises au cours de la prochaine décennie. Pour être bien préparé, faites-vous accompagner. Nos experts sont là pour vous soutenir.
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Sources :
Bureau d’assurance du Canada (BAC) / CatIQ, communiqué du 13 janvier 2025
Bureau d’assurance du Canada (BAC)
Portail de l’assurance, janvier 2025 -
Rapport annuel 2023 de l’AEAPP
L’Argus de l’Assurance, Climat : un assureur suspend la souscription de nouveaux contrats en Floride, février 2023