Le texte qui suit est conforme à la lettre ouverte publiée dans La Presse le 4 septembre 2026. La version originale est disponible ici.
Par Pierre Fortin, associé, Services de conseils, et Jonathan Perrier, vice-président, Services de conseils, et leader de la pratique IA chez Raymond Chabot Grant Thornton.
À chaque campagne électorale, les mêmes enjeux reviennent en éducation : réussite scolaire, pénurie d’enseignants, décrochage, infrastructures, résultats en français et en mathématiques. Ces défis sont bien réels et méritent toute notre attention.
À cela s’ajoute un enjeu de première importance : l’intelligence artificielle (IA). Cette technologie transforme déjà en profondeur l’économie, les organisations et le monde du travail. L’éducation se doit également de prendre ce virage essentiel. Les élèves qui fréquentent aujourd’hui nos écoles évolueront demain dans une société où les interactions entre humains et technologies intelligentes feront partie du quotidien. Pourtant, notre système d’éducation repose encore largement sur un modèle conçu pour répondre aux réalités d’une autre époque. Alors que plusieurs réclament la tenue d’États généraux sur l’éducation, le Québec doit saisir cette occasion pour réfléchir au rôle qu’aura à jouer l’école dans la préparation des citoyens de demain.
L’éducation de l’avenir ne consiste pas à former des jeunes capables de concurrencer la technologie. Elle consiste plutôt à développer de jeunes leaders qui pourront composer efficacement avec l’IA, sans jamais que celle-ci ne remplace les aptitudes humaines telles que le jugement, l’esprit critique ou la créativité. C’est pourquoi cette transformation doit se faire sans miner non plus la qualité et l’intégrité de l’enseignement et l’expertise des enseignants.
Le prochain gouvernement doit faire de cet enjeu un chantier prioritaire et se doter d’une véritable stratégie nationale de l’IA en éducation s’articulant autour de quatre axes.
Intégrer l’IA dans le système scolaire : quatre axes prioritaires
Comme toutes les organisations et entreprises de notre société, les organisations scolaires doivent elles aussi se questionner sur la manière de faire évoluer leurs façons de faire à l’ère de l’IA, en plus de préparer les citoyens de demain.
Premièrement, il y a l’axe du soutien à l’apprentissage de l’élève. Grâce à l’analyse intelligente des données éducatives, il est désormais possible de mieux comprendre les besoins de chaque jeune, de personnaliser davantage les parcours d’apprentissage, d’identifier plus rapidement les facteurs de risque et d’intervenir avant que les difficultés ne s’aggravent. L’objectif n’est pas de remplacer l’enseignant, mais d’offrir à chaque élève un accompagnement mieux adapté à sa réalité.
Deuxièmement, l’axe du soutien à l’enseignement mérite aussi notre attention. Dans un contexte où les enseignants croulent sous la charge administrative, l’IA peut contribuer à alléger certaines tâches répétitives, à faciliter la préparation pédagogique et à fournir des outils d’aide à la décision. L’IA peut devenir un puissant levier pour redonner du temps aux enseignants afin qu’ils se consacrent à ce qu’aucune machine ne remplacera jamais : l’accompagnement humain.
Troisièmement, il faut tenir compte de l’axe du soutien à l’efficience administrative. Les centres de services scolaires consacrent des ressources considérables à la gestion de l’information, à la reddition de comptes et à des processus administratifs souvent lourds. Utilisée de façon responsable, l’IA peut améliorer la gestion des ressources et libérer davantage de moyens pour soutenir directement la réussite éducative.
Quatrièmement, l’IA comme formation des citoyens de demain est un axe à ne pas négliger. Cela nécessite aujourd’hui de revoir notre accompagnement des élèves : les cursus devront être repensés, tout comme la place de l’utilisation pertinente de la technologie. Il faudra également réfléchir au renforcement des compétences humaines fondamentales à l’ère de l’IA.
Il va de soi que cette transformation devra s’appuyer sur des principes clairs : protection de la vie privée, cybersécurité, transparence, équité et maintien du rôle central de l’humain dans toutes les décisions qui concernent les élèves.
C’est d’ailleurs cette voie qu’explorent actuellement plusieurs établissements scolaires partout au pays dans des démarches visant à utiliser l’IA pour soutenir l’apprentissage, appuyer l’enseignement, améliorer l’efficience du système scolaire, tout en cherchant à former judicieusement les leaders de demain.
La campagne électorale devrait nous amener à débattre non seulement du financement de l’éducation, mais aussi de sa finalité.
Le Québec a déjà su se donner de grandes ambitions collectives en matière d’éducation. L’intelligence artificielle nous offre aujourd’hui l’occasion d’en écrire un nouveau chapitre.
Quelle éducation souhaitons-nous donner dès maintenant à nos citoyens qui seront nos décideurs dans 20 ans? Voilà la question à laquelle répondre, et ce, rapidement!
