Manufacturier : comment faire face aux changements du marché?

ESG

Par: Laëtitia Fière

Risques climatiques, chaînes d’approvisionnement perturbées, nouvelles règles d’accès aux marchés : les manufacturiers doivent s’adapter.
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L’industrie manufacturière demeure l’un des piliers de l’économie québécoise. Elle représente 12,6 % du PIB, emploie plus de 500 000 personnes et génère près de 86,8 % des exportations internationales du Québec. Cependant, au delà de son poids économique, le secteur évolue aujourd’hui dans un environnement profondément transformé.

Les risques (inondations, tensions commerciales, instabilité des fournisseurs, pressions sociales) auxquels les manufacturiers sont confrontés ne relèvent plus de simples turbulences temporaires. Ils redéfinissent progressivement les modalités de production, d’exportation et de financement de leur croissance.

Dans ce contexte, les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) deviennent une condition de continuité opérationnelle, d’accès aux marchés et de viabilité financière.

Votre chaîne d’approvisionnement est-elle à risque?

Optimiser les coûts reste essentiel, mais aujourd’hui, ce n’est plus suffisant. Une chaîne d’approvisionnement trop concentrée géographiquement ou mal préparée aux aléas climatiques peut fragiliser l’ensemble de vos activités, même si vos fournisseurs sont performants.

Si une partie importante de vos intrants provient d’un seul pays ou d’une seule région, vous êtes exposé à des chocs que vous ne contrôlez pas. Les tensions commerciales entre le Canada et les États-Unis l’illustrent bien : selon la Fédération des chambres de commerce du Québec, le secteur manufacturier québécois a perdu 15 000 emplois au premier semestre 2025 en raison de ces perturbations.

Diversifier vos fournisseurs, tant sur le plan géographique que sectoriel, est désormais essentiel. Un fabricant dépendant d’un fournisseur unique d’aluminium ou de composants critiques est particulièrement exposé aux tarifs, aux conflits commerciaux ou aux interruptions logistiques.

Un site de production inondé, des matières premières inaccessibles, une infrastructure logistique interrompue ou encore des équipements endommagés ne sont plus, quant à eux, des scénarios théoriques. Ils touchent directement vos opérations. Le gouvernement du Québec place d’ailleurs le secteur manufacturier parmi les domaines les plus affectés par les changements climatiques, avec des conséquences pouvant aller jusqu’à la cessation temporaire ou permanente des activités.

C’est pourquoi la gestion des enjeux environnementaux dépasse aujourd’hui largement la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Les critères ESG vous offrent un cadre structuré pour 

  • mieux connaître vos expositions aux risques géopolitiques et climatiques;
  • diversifier vos sources d’approvisionnement;
  • évaluer la résilience climatique de vos fournisseurs;
  • documenter vos mesures d’atténuation;
  • répondre plus efficacement aux attentes de vos clients, assureurs et partenaires financiers.

Êtes-vous prêts pour les marchés internationaux?

Les grands donneurs d’ordre internationaux — notamment dans l’aérospatiale, l’agroalimentaire, la transformation métallique ou les équipements industriels — intègrent désormais des exigences ESG directement dans leurs processus de qualification et leurs appels d’offres.

Autrement dit, la traçabilité des intrants, la réduction des émissions sur l’ensemble du cycle de vie ou encore la transparence des pratiques sociales influencent l’attribution des contrats. Quatre-vingt-deux pour cent des grands donneurs d’ordre au Canada demanderaient déjà à leurs fournisseurs de divulguer des informations sur leurs pratiques ESG.

À cette pression commerciale s’ajoute une nouvelle contrainte réglementaire pour les exportateurs vers l’Europe. Depuis le 1er janvier 2026, le Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM) est officiellement en vigueur.

Cela signifie que si vous exportez de l’acier, de l’aluminium, du ciment, des engrais, de l’électricité ou de l’hydrogène vers l’Union européenne, vous devez déclarer les émissions liées à la fabrication de vos marchandises et payer une taxe carbone correspondante. Et ce n’est qu’un début.

Selon le Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique (Citepa), la Commission européenne prévoit déjà d’élargir le mécanisme à 180 produits supplémentaires à partir de 2028. Le CBAM est donc une réalité commerciale dont il faut tenir compte pour rester compétitif sur les marchés européens.

Comment réduire vos coûts et gagner en compétitivité grâce à l’ESG?

Limiter les critères ESG à une série d’obligations réglementaires serait toutefois réducteur. Pour les manufacturiers qui les intègrent avec méthode, ils constituent un levier de performance opérationnelle.

En diminuant votre consommation d’énergie, en optimisant la gestion de vos matières résiduelles et en repensant votre logistique, vous pouvez générer des gains mesurables tout en améliorant simultanément votre profil ESG. Pour plusieurs manufacturiers, ces initiatives se traduisent directement par une réduction des coûts de production et une amélioration des marges.

Les critères ESG vous forcent aussi à décloisonner vos silos internes. Dans trop d’entreprises, les enjeux environnementaux relèvent des opérations, les enjeux sociaux des ressources humaines, et la gouvernance de la direction ou des finances. Cette fragmentation limite la capacité d’anticiper certains risques et de faire des choix cohérents à l’échelle de l’organisation.

Une démarche ESG efficace implique plutôt une collaboration transversale entre les équipes afin de mieux mesurer la performance, de renforcer la prise de décision et de détecter les vulnérabilités avant qu’elles ne deviennent critiques.

Vos risques sont-ils bien compris et maîtrisés?

Les risques climatiques prennent une place croissante dans les réflexions des assureurs, des institutions financières et des investisseurs. Les entreprises qui comprennent mieux leurs risques et qui démontrent leur capacité à les gérer seront mieux positionnées pour répondre aux attentes émergentes du marché. Une démarche ESG structurée contribue ainsi à renforcer la résilience organisationnelle, à soutenir la prise de décision et à préparer l’entreprise aux défis futurs.

Ainsi, si vous êtes un manufacturier québécois, la question n’est plus de savoir si les critères ESG vont influencer votre environnement d’affaires, mais à quelle vitesse. En vous préparant dès aujourd’hui, vous serez mieux placé pour sécuriser vos marchés, renforcer votre chaîne d’approvisionnement, gérer vos risques et soutenir votre croissance à long terme.

Que vous soyez une PME ou une grande entreprise, communiquez avec nous pour une rencontre exploratoire sans engagement.

Sources