Devant les enjeux sociaux et environnementaux qui se multiplient, votre organisation doit s'outiller pour prendre son avenir en main. C'est crucial pour la continuité de vos opérations.

Une inondation qui interrompt vos opérations pendant trois semaines, un fournisseur clé qui cesse ses activités, un producteur qui prend sa retraite sans relève... Il y a dix ans, ces événements étaient considérés comme exceptionnels. Aujourd’hui, ils font partie des scénarios que toute entreprise agroalimentaire doit envisager.
L’enjeu est d’autant plus stratégique que le secteur agroalimentaire canadien est un pilier essentiel de l’économie avec 149,2 milliards de dollars de PIB et 2,3 millions d’emplois en 2024.
Vous devez vous préparer afin de réduire vos risques et permettre à votre entreprise de poursuivre ses activités en cas de problème. Quels sont ces risques et comment mettre en place les meilleures solutions pour vous?
Connaissez-vous vraiment les risques qui menacent votre entreprise?
Pour être prêt à toute éventualité, vous devez avant tout comprendre les risques de votre marché et, ensuite, mettre en place les solutions adéquates pour en réduire les effets.
Les risques climatiques
Plus de 52 % des entreprises québécoises ont été touchées par des événements climatiques au cours des 12 derniers mois. Dès le départ, posez-vous les bonnes questions. Par exemple, vos installations sont-elles situées en zone inondable? Dépendez-vous d’une source d’eau unique?
Le changement climatique influence directement vos rendements, la qualité de vos récoltes, vos coûts d’assurance, la disponibilité de l’eau et la planification de vos investissements. Le climat n’est plus un enjeu environnemental : c’est un facteur de compétitivité.
Les risques d’approvisionnement
Combien de fournisseurs clés avez-vous? Si l’un d’eux vous fait faux bond, avez-vous un plan B? Dépendre d’un trop petit nombre de partenaires concentrés dans une même zone géographique crée une fragilité que beaucoup de dirigeants sous-estiment. Dans un contexte de tensions commerciales avec les États-Unis et d’instabilité internationale, diversifier vos sources est indispensable.
Les tensions géopolitiques et les conflits armés peuvent également affecter la disponibilité et le coût de certains intrants stratégiques, notamment les engrais, les grains, l’énergie et certaines matières premières. À cela s’ajoutent les tarifs douaniers et les mesures protectionnistes, qui peuvent influencer vos coûts d’approvisionnement, vos marges et votre accès à certains marchés d’exportation.
Imaginons une entreprise de transformation qui s’approvisionne auprès de trois producteurs dans la même région. Une sécheresse frappe. Deux d’entre eux réduisent leur production de moitié. Résultat : elle est confrontée à une hausse des coûts, à des retards de livraison et à une pression des clients. Si cette PME avait varié ses sources d’approvisionnement, l’impact aurait été considérablement amoindri.
La démographie
Plus de 60 % des exploitants agricoles canadiens ont 55 ans ou plus. Dans 15 ans, qui produira vos matières premières? Ce départ massif crée un risque réel pour la continuité de vos approvisionnements.
Le vieillissement des producteurs agricoles n’est pas seulement un enjeu de main-d’œuvre. Il s’agit d’un risque de continuité pour l’ensemble de la chaîne de valeur. Lorsqu’un producteur prend sa retraite sans relève, ce sont des volumes, une expertise et parfois des relations d’affaires de longue date qui disparaissent.
Les entreprises qui identifient dès aujourd’hui les maillons les plus vulnérables de leur chaîne d’approvisionnement seront mieux positionnées pour assurer leur croissance à long terme.
Les risques financiers et de productivité
La valeur des terres agricoles a fortement augmenté, rendant l’accès à la propriété difficile pour la relève. L’automatisation, les équipements et l’adaptation climatique coûtent cher. Si, en parallèle, les frais d’énergie, de transport et d’assurance croissent, les marges fondent rapidement. Un seul imprévu peut tout faire basculer. Avez-vous les réserves nécessaires pour absorber une mauvaise année?
Les enjeux d’assurabilité représentent également un défi grandissant pour plusieurs entreprises agroalimentaires. Les événements climatiques, les interruptions d’activités et les cyberattaques contribuent à l’augmentation des primes et au resserrement des conditions de couverture. Pourtant, la cybersécurité demeure un risque souvent sous-estimé, alors qu’une atteinte à vos systèmes informatiques peut rapidement compromettre vos opérations, la chaîne logistique ou l’accès à des données stratégiques.
Les risques réglementaires et commerciaux
Vos clients, vos prêteurs et vos marchés d’exportation posent de plus en plus de questions sur vos pratiques : traçabilité, gestion des risques climatiques, approches environnementales. Vous devez documenter vos pratiques et les communiquer clairement.
Vous devez également composer avec l’évolution du cadre réglementaire, notamment les obligations liées à la transparence des chaînes d’approvisionnement, à la lutte contre le travail forcé et le travail des enfants, ainsi qu’aux risques associés à l’écoblanchiment. Si vous exportez, les exigences croissantes des marchés américains et européens en matière de traçabilité, de décarbonation et de gouvernance deviennent aussi des éléments à prendre en compte.
Le cas particulier des pêcheries
Dans ce secteur, les risques prennent une forme différente. Le réchauffement des eaux modifie les écosystèmes marins et les migrations des espèces. Les conditions météorologiques extrêmes perturbent les saisons de pêche. Les fluctuations des stocks rendent la planification plus difficile. Ces réalités affectent directement les volumes, la prévisibilité des approvisionnements et la rentabilité. Autant de raisons de vous préparer.
Vous devez intégrer ces enjeux à votre planification stratégique pour renforcer votre résilience. Au-delà de la gestion des quotas et des volumes, l’enjeu consiste à développer des modèles d’affaires capables de s’adapter à l’évolution des écosystèmes marins. Une plus grande valorisation de chaque capture par la transformation ou l’accès à des marchés spécialisés, ainsi qu’une collaboration accrue avec les associations, les scientifiques et les gestionnaires des ressources afin d’anticiper l’évolution des stocks, renforceront votre capacité d’adaptation. L’innovation, l’agilité organisationnelle et la collaboration à l’échelle de la filière deviennent ainsi des facteurs essentiels de compétitivité et de pérennité.
Quelles sont les solutions pour réduire vos risques de productivité?
La gouvernance des risques : un avantage souvent négligé
Les entreprises les plus résilientes ne sont pas nécessairement les mieux dotées en ressources. Ce sont celles qui discutent régulièrement des enjeux qu’elles rencontrent en réunion de direction et qui en tiennent compte dans leurs décisions d’investissement. Intégrer la gestion des risques à votre gouvernance, c’est passer de la réaction à la prévention. C’est là que réside le véritable avantage concurrentiel.
Renforcer la résilience de votre entreprise agroalimentaire : par où commencer?
Voici les actions à mettre en place.
- Dressez un portrait de vos points vulnérables : déterminez ce qui est essentiel à vos activités (sources d’énergie, équipements critiques, fournisseurs stratégiques, etc.).
- Diversifiez vos fournisseurs : explorez d’autres sources, dans différentes régions, pour réduire votre exposition aux perturbations locales ou internationales.
- Utilisez vos données pour mieux prévoir : les outils numériques permettent d’anticiper les ruptures, de simuler des situations difficiles et d’optimiser la gestion de vos stocks. Un bon suivi vous aide à repérer les problèmes tôt, avant qu’ils ne coûtent cher.
- Renforcez votre santé financière : gardez un œil sur vos liquidités, veillez à avoir accès à du crédit en cas de coup dur et revoyez vos assurances à la lumière des nouveaux risques climatiques.
- Rapprochez-vous de votre MRC : plusieurs municipalités régionales de comté élaborent des plans d’adaptation aux changements climatiques qui peuvent bénéficier directement aux entreprises de leur territoire. Vous pourriez être surpris des ressources offertes.
Les risques du secteur agroalimentaire ne sont plus exceptionnels : ils sont devenus structurels. La question n’est plus de savoir si votre organisation sera confrontée à des perturbations. C’est de savoir dans quelle mesure vous y êtes préparé.
Vous n’êtes pas seul devant ces défis. Chaque organisation étant unique, une analyse adaptée à votre contexte peut faire ressortir des pistes d’action concrètes. Nos experts peuvent vous aider à faire le point sur votre situation et à déterminer vos besoins et vos priorités.
SOURCES
- 149,2 milliards de dollars du PIB et soutenait 2,3 millions d’emplois en 2024 : https://agriculture.canada.ca/fr/secteur/apercu
- 52 % : Québec net positif (QNP) — Baromètre de la transition des entreprises — Adaptation aux changements climatiques et résilience 2024, sondage réalisé par Léger, août 2024.
https://www.qnp.ca/barometre/adaptation-aux-changements-climatiques-et-resilience-2024/ - Âge moyen des exploitants agricoles canadiens / 60 % ont 55 ans ou plus
Statistique Canada — Le Quotidien : Recensement de l’agriculture de 2021, 11 mai 2022. https://www150.statcan.gc.ca/n1/daily-quotidien/220511/dq220511a-fra.htm