AVIS D’EXPERT

Risques psychosociaux : quels secteurs sont les plus à risque ?

Par: Martine Haines

En bref

Tous les milieux de travail sont concernés par les risques psychosociaux, mais certains cumulent davantage de facteurs d’exposition.

  • Certains secteurs, dont la santé et les services sociaux, l’éducation, la construction et le transport, présentent des réalités qui peuvent accroître les risques.
  • Le cumul de plusieurs facteurs est souvent plus révélateur que le secteur d’activité à lui seul.
  • L’organisation du travail peut accentuer ou réduire l’exposition des employés.
  • Identifier les risques ne suffit pas : la démarche doit mener à des mesures de prévention adaptées.
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Les risques psychosociaux touchent tous les milieux de travail. Certains secteurs cumulent toutefois des facteurs qui augmentent l’exposition de leurs employés.

Depuis octobre 2025, les employeurs québécois doivent intégrer les risques psychosociaux à leur démarche de prévention en santé et sécurité du travail (Loi 27). Ces risques concernent toutes les entreprises, peu importe leur taille ou leur secteur d’activité.

Certains milieux y sont néanmoins plus exposés. La nature du travail, les conditions dans lesquelles il est réalisé et l’organisation des activités peuvent multiplier les facteurs de risque.

Pourquoi certains secteurs sont-ils plus exposés aux risques psychosociaux ?

Plusieurs secteurs se distinguent par la présence de contraintes particulières :

  • la santé et les services sociaux ;
  • l’éducation ;
  • la construction ;
  • certains emplois dans le domaine du transport.

Selon un portrait publié en 2025 par la Direction régionale de santé publique de Montréal1, 41,2 % des travailleurs du secteur de la santé et des services sociaux déclaraient des exigences psychologiques élevées, contre 32,2 % dans l’enseignement et 31,9 % dans l’administration publique, d’après les données de 2020-2021.

Cette liste n’est pas exhaustive. Plus que le secteur lui-même, ce sont souvent les conditions de travail et le cumul de plusieurs facteurs qui font augmenter le niveau de risque.

Parmi les éléments à surveiller figurent :

  • la surcharge de travail et le manque de personnel ;
  • les horaires atypiques ou les longues heures de travail ;
  • une forte charge émotionnelle ;
  • le sentiment de travailler constamment dans l’urgence ;
  • la violence et les incivilités ;
  • l’isolement ;
  • le manque de reconnaissance.

Ces réalités prennent des formes différentes selon les milieux. Dans le réseau de la santé, par exemple, le manque de personnel se conjugue parfois à une forte charge émotionnelle lorsque les employés doivent composer avec la détresse des patients et de leurs proches. En éducation, les difficultés vécues par les élèves et le manque de ressources alourdissent également le quotidien de certains membres du personnel.

Lorsqu’ils se cumulent ou perdurent, ces facteurs accentuent l’exposition des salariés aux risques psychosociaux.

L’organisation du travail peut faire toute la différence

Le secteur d’activité ne dit donc pas tout. Deux entreprises qui exercent des activités semblables n’auront pas forcément la même réalité, selon la manière dont le travail y est organisé.

Un manque de clarté dans les rôles et les responsabilités crée, par exemple, de la frustration ou entraîne parfois un dédoublement des tâches. Des façons de faire devenues trop complexes avec le temps alourdissent aussi le quotidien, tout comme des outils technologiques mal adaptés.

La surcharge perçue n’appelle pas nécessairement une réponse centrée sur l’ajout de ressources. Elle invite aussi à examiner l’organisation du travail : la clarté des rôles, la pertinence des processus et la fluidité des façons de faire peuvent avoir un effet important sur la charge ressentie.

Des travailleurs plus vulnérables que d’autres

L’exposition aux risques varie également d’une fonction à l’autre. Les gestionnaires intermédiaires, par exemple, se trouvent souvent entre les attentes de la direction et les préoccupations des équipes sur le terrain. Ils doivent transmettre et expliquer les orientations de l’organisation, même lorsqu’ils disposent eux-mêmes de peu d’information.

Le personnel de première ligne est quant à lui directement exposé aux interactions avec les clients ou les usagers et aux situations difficiles qui peuvent en découler. D’autres métiers comportent davantage d’isolement : les camionneurs ou les agents de sécurité passent ainsi de longues heures seuls.

Les nouveaux employés sont également plus vulnérables. Ils ont encore peu de repères et n’ont pas nécessairement eu le temps de créer des liens avec leurs collègues. 

Quels signes devraient alerter votre organisation ?

Plusieurs indicateurs devraient attirer l’attention :

  • une hausse de l’absentéisme ou du roulement de personnel ;
  • la multiplication des conflits ;
  • des plaintes de harcèlement psychologique ;
  • des griefs dans un milieu syndiqué.

Un seul indicateur ne permet toutefois pas de tirer de conclusions. Un faible taux d’absentéisme, par exemple, ne signifie pas forcément que tout va bien si le roulement ou les conflits augmentent. Ces différents signaux doivent être analysés ensemble pour obtenir un portrait plus juste de la situation.

Comment renforcer la prévention lorsque les risques sont élevés ?

Les obligations de base demeurent les mêmes d’un secteur à l’autre. Un milieu fortement exposé devra toutefois intensifier ses efforts. 

Parmi les bonnes pratiques, il faut d’abord comprendre ce que vivent les salariés au quotidien. Un diagnostic aide à repérer les risques psychosociaux présents dans votre entreprise et à déterminer où concentrer les efforts.

Selon la taille et les besoins de l’organisation, différentes approches sont envisageables :

  • consulter les employés et les gestionnaires ;
  • réaliser un sondage ou mettre en place des groupes de discussion ;
  • observer le travail afin de cerner les difficultés du quotidien ;
  • augmenter, au besoin, la fréquence des rencontres consacrées à la santé et à la sécurité ;
  • établir un plan d’action et en suivre les résultats ;
  • faire appel à une expertise externe lorsque la situation le demande.

Dans une petite entreprise, un sondage n’est d’ailleurs pas toujours nécessaire. Une discussion avec les employés s’avère parfois plus efficace. Le gestionnaire gagnera également à aller sur le terrain afin d’observer concrètement la charge de travail et les enjeux auxquels son équipe est confrontée.

Une fois l’information recueillie, encore faut-il passer à l’action. Une consultation perd rapidement sa valeur si les problèmes soulevés restent sans réponse. 

Se contenter de dresser la liste des risques psychosociaux pour répondre aux nouvelles exigences ne suffit pas. La prévention doit aussi s’attaquer à leurs causes, avant que les difficultés ne s’installent. L’indemnisation et le soutien demeurent nécessaires lorsqu’un travailleur est déjà en difficulté, mais ils ne remplacent pas cette intervention en amont.

Comment pouvons-nous vous aider?

Nos experts vous accompagnent pour mieux comprendre les risques psychosociaux propres à votre milieu de travail, poser un diagnostic et mettre en place un plan d’action adapté à votre réalité.

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1 Direction régionale de santé publique de Montréal (2025). Portrait des risques psychosociaux du travail à Montréal, p. 3, tableau 1 : « Les secteurs d’activité et les risques psychosociaux à Montréal ». Données de l’Enquête québécoise sur la santé de la population (EQSP), 2020-2021.