
Les risques psychosociaux ne sont pas toujours faciles à repérer, mais certains mécanismes permettent de réduire les angles morts.
- Portez attention aux changements de comportement et aux autres signaux faibles dans les équipes.
- Multipliez les occasions de dialogue et assurez-vous que les préoccupations exprimées sont suivies d’actions.
- Formez et outillez les gestionnaires, qui jouent un rôle déterminant auprès de leurs équipes.
- Acceptez qu’il soit impossible de tout prévoir et préparez-vous à intervenir lorsqu’un risque se manifeste.
Moins visibles que les risques physiques, les risques psychosociaux passent parfois longtemps inaperçus. Comment mieux les détecter et les prévenir ?
Quand une personne manipule un produit dangereux ou se casse un bras, l’exposition au risque est évidente. En matière de santé psychologique, elle est moins visible. Une surcharge persistante, un manque de reconnaissance ou un sentiment d’isolement peuvent s’installer progressivement, sans qu’un événement précis permette d’en déterminer l’origine.
Les risques psychosociaux sont aussi souvent multifactoriels. Une surcharge de travail, par exemple, peut découler à la fois de processus complexes, d’outils technologiques mal adaptés, de responsabilités mal définies ou de pratiques de gestion inadéquates. Certaines entreprises manquent aussi de données sur la réalité de leurs employés et d’expertise interne pour repérer et évaluer les risques, alors que ceux-ci doivent désormais être pris en compte dans leur démarche de prévention.
Même une organisation attentive à la santé et à la sécurité de ses employés peut donc conserver certains angles morts.
Des risques plus difficiles à détecter
Certains facteurs sont difficiles à repérer parce qu’ils font partie du quotidien depuis longtemps. Parmi ceux qui passent plus facilement sous le radar :
- L’isolement. Un agent de sécurité, un camionneur ou un employé de dépanneur peut passer une grande partie de sa journée seul. Comme cette réalité fait partie du métier, ses effets risquent d’être banalisés.
- Le degré d’autonomie. Une faible marge de manœuvre dans l’organisation de son travail peut devenir une source de frustration ou de stress. Selon les données de l’Enquête québécoise sur la santé de la population de 2020-20211, 41,9 % des travailleuses montréalaises rapportaient un faible niveau d’autorité décisionnelle au travail, contre 32,6 % des hommes. À l’inverse, certains employés ont besoin d’un encadrement plus étroit pour exercer leurs responsabilités avec confiance.
- Le manque de reconnaissance. Un travailleur peut accomplir ses tâches longtemps sans manifester son insatisfaction, jusqu’à ce qu’un seuil soit franchi.
- Le télétravail. Malgré la flexibilité qu’il procure, la distance complique parfois la création de liens avec les collègues et accentue l’isolement. D’où l’importance de préserver les interactions, même à distance.
Des signaux faibles à ne pas négliger
Bien avant qu’un problème apparaisse clairement dans les indicateurs de ressources humaines, certains changements se manifestent dans le quotidien d’une équipe.
Un employé habituellement engagé qui devient silencieux, une baisse de participation aux rencontres ou un cynisme grandissant méritent, par exemple, qu’on s’y attarde. Une hausse des erreurs ou des départs constitue également un signal à surveiller.
Pris séparément, ces comportements ne permettent évidemment pas de conclure à la présence d’un risque psychosocial. Un changement marqué devrait toutefois inciter le gestionnaire à ouvrir le dialogue et à chercher à comprendre ce qui se passe.
Les limites des mécanismes de consultation
Les sondages et autres mécanismes de consultation sont utiles, mais encore faut-il que les employés aient confiance dans la démarche. Certains hésitent à s’exprimer par crainte d’être identifiés ou de subir des représailles. D’autres finissent par se désengager lorsqu’ils sont régulièrement consultés sans voir de changements.
Le délai entre la consultation et l’action compte aussi. Un sondage effectué en mars peut conduire à des premières mesures plusieurs mois plus tard, alors que la situation a déjà évolué. Maintenir le dialogue au quotidien, notamment dans les échanges avec les gestionnaires, évite alors de faire reposer l’évaluation des risques psychosociaux sur un seul outil.
Surtout, consulter doit mener à agir. Lorsqu’un problème est soulevé, les employés devraient eux aussi être invités à réfléchir aux solutions. Ceux qui vivent la réalité sur le terrain sont souvent les mieux placés pour proposer des améliorations concrètes.
Les gestionnaires, au cœur de la prévention
Les gestionnaires occupent une position particulière. Ils doivent transmettre les orientations de la direction et mobiliser leurs équipes dans des périodes de changement qui les touchent eux aussi, qu’il s’agisse de restructurations, de nouvelles technologies ou d’un contexte d’incertitude.
Certaines pratiques de gestion peuvent par ailleurs accentuer les risques psychosociaux. La microgestion, des attentes imprécises, un manque de reconnaissance, une communication brusque ou une rétroaction négative sans piste d’amélioration peuvent notamment accroître la pression ou l’incertitude vécue par les employés.
Les gestionnaires jouent aussi un rôle de première ligne lorsqu’une difficulté survient. Ils sont souvent les premiers interlocuteurs des employés qui vivent une situation difficile, et leur réaction peut être déterminante. Une réponse inadéquate peut fragiliser non seulement le lien de confiance avec leur équipe, mais aussi celui envers l’organisation.
Il est donc essentiel de bien les outiller. La prévention des risques psychosociaux ne relève pas uniquement des ressources humaines ou d’un comité de santé et de sécurité. Les gestionnaires doivent aussi savoir reconnaître certains signaux, écouter les préoccupations de leur équipe et diriger les employés vers les ressources appropriées.
Peut-on réellement éliminer tous les angles morts ?
Le risque zéro n’existe pas. Même avec de bons mécanismes de prévention, une entreprise n’anticipera pas toutes les situations. L’objectif consiste plutôt à obtenir le portrait le plus juste de sa réalité, à agir sur les facteurs connus et à se préparer à intervenir lorsqu’un problème survient.
La prévention s’exerce à plusieurs niveaux. Lorsque la situation s’y prête, on cherchera d’abord à éliminer le risque à la source. S’il demeure présent, des mesures de prévention adaptées serviront à en réduire les effets. Enfin, des ressources de soutien, comme un programme d’aide aux employés, doivent être accessibles lorsqu’une difficulté survient malgré les précautions prises.
Des angles morts subsisteront toujours. L’essentiel est de se donner les moyens de les détecter le plus tôt possible et d’être prêt à agir lorsqu’un risque se manifeste.
Vous souhaitez renforcer la prévention des risques psychosociaux dans votre organisation ? Communiquez avec nous !
1 Direction régionale de santé publique de Montréal (2025). Portrait des risques psychosociaux du travail à Montréal, p. 2, figure 1 : « Indicateurs RPS : Les femmes rapportent plus de risques que les hommes ». Données de l’Enquête québécoise sur la santé de la population (EQSP), 2020-2021, Institut de la statistique du Québec.