Marie-Eve Proulx
Conseillère principale | Conseil en management

Une situation telle que vécue dans la dernière année peut être un moment précieux d’observation et de réflexion pour l’avenir de votre entreprise.

L’un des derniers grands héritages que peut léguer un entrepreneur à son entreprise est de la transférer aux bonnes personnes, au bon moment et dans des conditions gagnantes pour l’ensemble des parties prenantes. Mais comment réussir à réunir toutes ces conditions, peu importe le contexte et particulièrement en cas de crise?

La pandémie, une occasion pour évaluer le leadership

À priori, on pourrait penser qu’une crise qui frappe une entreprise a automatiquement pour effet de ralentir, voire de reporter un processus de relève. Au contraire : une crise peut représenter une occasion de valider certains aspects qui confirmeront ou infirmeront vos choix.

En effet, si vous aviez déjà entamé votre plan de relève et identifié une personne comme repreneur potentiel, vous avez la chance inestimable de la voir agir en situation d’urgence, de stress et de crise. Si cette personne vous déçoit, demandez-vous s’il s’agit d’une question d’attitude, de leadership ou même de compétences.

Le caractère imprévisible d’une crise influence les parties prenantes d’un processus de relève. Les banques, les autres sources de financement, les clients et les fournisseurs recherchent tous la sécurité. L’évaluateur chargé d’estimer la juste valeur marchande de votre entreprise tentera aussi de s’appuyer sur des faits plus stables d’année en année.

Toutefois, une crise peut avoir eu un impact sur votre chiffre d’affaires, votre bénéfice avant intérêts, impôts et amortissement (BAIIA), vos liquidités, votre capacité d’emprunt… Bref, au niveau financier, l’heure n’est sans doute pas à une valorisation optimale de votre entreprise, à moins d’évoluer dans un secteur considéré comme étant essentiel. Retarder de quelques mois le processus de transfert de propriété peut être une option privilégiée par plusieurs cédants.

De même, certains repreneurs peuvent être tentés de faire réévaluer la juste valeur marchande, espérant ainsi profiter d’une certaine réduction de la valeur de l’entreprise. Des intérêts quelque peu divergents sont rarement synonymes d’accords accélérés.

Une crise peut aussi faire émerger de nouveaux leaders au sein de votre entreprise. Si c’est le cas et que vous constatez que votre repreneur ne peut s’en sortir seul, il ne faut pas hésiter à tâter le terrain pour savoir comment ces leaders entrevoient leur avenir dans l’organisation.

Si, au contraire, votre repreneur gagne en leadership, qu’il vous soutient et qu’il communique efficacement avec les employés, peut-être pourriez-vous réévaluer l’horizon de retrait que vous vous étiez fixé.

Faites cadeau de vos compétences

Le processus de relève s’échelonnant sur quelques années, vous avez une occasion unique de transférer vos connaissances et vos compétences. Saisissez chaque occasion pour préparer votre relève.

Ainsi, permettez au repreneur de vous accompagner chez le banquier afin d’injecter des liquidités dans l’entreprise, chez vos fournisseurs, chez votre comptable, etc. Le transfert des compétences et des contacts et le partage des rôles et responsabilités peuvent commencer dès maintenant.

Passez à l’action

La pandémie de COVID-19 nous a démontré que les entreprises doivent être agiles et créatives et qu’elles doivent s’adapter aux imprévus. Toutefois, certains éléments sont tout à fait maîtrisables et ne devraient pas contribuer à générer plus de risques, de stress et d’incertitudes dans votre vie et celle de votre entreprise.

Vous pouvez dès maintenant commencer à élaborer votre plan de relève, l’adapter selon les apprentissages et avancer dans sa mise en place. Si vous prévoyez commencer à ralentir ou vous diriger vers un rôle plus stratégique dans votre organisation d’ici les dix prochaines années, il est temps, si ce n’est pas encore fait, d’investir dans votre héritage afin de faire en sorte que votre entreprise vous survive.

Nos experts peuvent vous aider à structurer votre plan de relève et vous guider à chacune des étapes de sa réalisation afin de mettre en place les conditions gagnantes pour la transition et la continuité de votre entreprise. Pourquoi attendre pour passer à l’action?

21 Juin 2021  |  Écrit par :

Marie-Eve Proulx est experte en conseil en management chez Raymond Chabot Grant Thornton....

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Marie-Eve Proulx
Conseillère principale | Conseil en management

L’un des apprentissages de cette pandémie : la santé de l’entrepreneur est un élément à part entière de la santé de l’entreprise. Témoignage.

Il s’est écoulé plus d’un an maintenant depuis le début de la pandémie. Au gré de son évolution, de nouveaux enjeux sont apparus et la société a tenté de s’adapter en faisant preuve de résilience. Malheureusement, l’anxiété, la détresse psychologique ainsi que la fatigue ont pris de plus en plus de place dans nos vies.

Les entrepreneurs ont travaillé à tout mettre en place pour assurer le bien-être physique et psychologique de leurs employés, parfois au détriment de leurs propres besoins. Ils ont composé avec des réalités changeantes et avec de nouvelles priorités, tout en s’adaptant aux besoins évolutifs de la clientèle.

Des entrepreneurs affectés

Saviez-vous qu’un individu en position de leadership est moins enclin à demander de l’aide? Pourtant, les entrepreneurs ne sont pas à l’abri d’une certaine détresse psychologique, avouée et ressentie ou non.

Annik Lachance-Gravel, présidente-directrice générale de Lachance et Gravel, une entreprise de Chicoutimi spécialisée en solution d’hygiène pour les secteurs industriel et commercial, en est très consciente. Elle a eu envie de faire un pas pour changer les choses.

Annik Lachance-Gravel, une « Robin des bois »!

Comme beaucoup d’entrepreneurs, Annik a une histoire atypique. Déjà, adolescente, elle se prenait pour Robin des bois, non pas pour son côté brigand, mais bien pour son grand cœur.

C’est en 2014 que tout a changé et que la future entrepreneure a enfin trouvé sa place lorsqu’elle a décidé de reprendre l’entreprise de conciergerie de son père.

Lachance et Gravel avant la pandémie

Six ans plus tard, son père avait doublé son propre salaire et l’entreprise était passée de 0 à 70 employés. Pendant ces six années, Annik a assuré une gestion rigoureuse et elle a réussi à ne jamais terminer l’année avec une perte financière et à tout réinvestir pour faire croître l’entreprise.

Elle a travaillé fort pour redorer l’image de la conciergerie. Elle se dit fière d’y être parvenue et de faire vivre des familles tout en permettant à la sienne de se réaliser.

La pandémie et les impacts collatéraux qui en découlent

« Chute libre totale »… Ce sont les mots utilisés par Annik pour décrire l’impact des débuts de la pandémie sur son entreprise.

Quand la majorité des clients sont des entreprises condamnées à fermer leurs portes, les besoins en entretien sont moins présents. Liée à ses clients par contrat, l’entrepreneure a toutefois choisi de ne pas les facturer. Cette décision courageuse, basée sur ses valeurs et porteuse à long terme, aurait pu être critique à court terme.

Lorsqu’il y a une baisse de revenus, il devient nécessaire de couper dans les coûts. Elle a donc dû mettre à pied 60 de ses 70 employés. Après l’appel logé à chacun d’entre eux, chaque employé a reçu la visite d’un membre de l’entreprise et s’est vu offrir un cadeau par l’entrepreneure qui leur demandait de lui faire confiance. Elle n’a, à ce jour, perdu aucun employé malgré le contexte de crise.

D’un point de vue plus personnel, cette phase a été difficile pour Annik. Lors de la première vague, il n’y avait pratiquement pas de cas diagnostiqués dans la région. Ayant dû mettre à pied la grande majorité de ses employés pour éviter l’hémorragie financière (même son époux n’a pas été épargné!), elle a repris sous son aile pratiquement tous les postes administratifs de l’entreprise.

Et puis, la deuxième vague

Le virus est arrivé dans la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean et le téléphone a sonné. Le CIUSSS avait un urgent besoin de 22 ressources en entretien le lendemain matin. Annik a dit oui sur-le-champ. Une cellule de crise a été créée afin de répondre aux besoins criants des urgences des milieux dans lesquels on perdait le contrôle.

En deux semaines, tout le personnel mis à pied lors de la première vague avait été rappelé et 85 nouveaux employés avaient été embauchés et formés en accéléré. Son entreprise était maintenant l’entreprise de confiance en hygiène et salubrité dans la région.

L’entrepreneure gérait alors une très forte croissance et, par conséquent, devait composer avec de nombreuses sources de stress : le risque que ses ressources humaines ne soient pas suffisamment formées, que la réputation de l’entreprise soit affectée, que les liquidités ne soient pas suffisantes pour répondre aux obligations financières découlant de toutes ces embauches et des derniers mois difficiles, pour n’en citer que quelques-unes.

Quand Robin des bois s’épuise

Annik est prête à tout pour ne pas vivre d’échec au travail. Elle a donc fait de la pérennité de l’entreprise sa priorité. Même si les clients actuels et potentiels reconnaissent tout ce qui a été réalisé, les bureaux encore fermés et faiblement occupés n’encouragent pas l’investissement dans l’hygiène et la salubrité. De nouveaux joueurs sont également apparus sur l’échiquier.

Mais elle? S’est-elle remise de cette année où le stress provenant de l’entreprise l’a frappée de plein fouet? Des troubles de sommeil, des ruminations envahissantes, de ces heures innombrables où elle a travaillé pour sauver l’entreprise? La réponse : pas totalement. Le contrecoup frappe parfois plus fort qu’on ne le croit. Les ressources d’adaptation s’effritent, le corps ressent l’accumulation de stress et de fatigue et l’entourage commence aussi à s’essouffler.

De plus, il y a les impacts sur la famille. Le moment crève-cœur où tes enfants te disent qu’ils ne t’aiment plus parce que ta présence leur manque terriblement, celui où tu vois ton amoureux se sentir inutile dans toute cette gestion de crise. Toute la famille a perdu ses repères et a réagi aux changements. Et puis la culpabilité s’est installée peu à peu. Mère, entrepreneure et épouse se querellent et cherchent leur place. L’échec n’est pas une option et on arrive donc au bureau avec ce sourire un peu plaqué qui réussira jusqu’au soir venu à nous faire croire que « ça va bien aller ».

Et l’impact sur sa vie sociale… quelle vie sociale? Ce sera pour plus tard, car les loisirs, quand on est en mode survie, c’est le dernier des soucis.

Elle a traversé la zone des tabous et s’est mise à assumer que, pour l’instant, elle allait être entrepreneure et maman. Que c’était impossible d’être Superwoman pendant une si longue période. Que les courses, les repas et le ménage pouvaient être effectués pour elle par d’autres. Et que ses amis comprendraient et devraient attendre.

L’importance de bien s’entourer

Comme bien d’autres entrepreneurs, Annik s’est retrouvée en situation de survie dans toutes les sphères de sa vie. En prenant du recul, elle réalise qu’elle a vécu un fort sentiment de solitude et qu’elle n’a pas osé s’ouvrir sur sa vulnérabilité. Elle reconnaît la nécessité d’engager la discussion sur la prévention de la santé mentale des entrepreneurs et la nécessité d’être soutenue par une personne neutre quand la tension devient trop grande. Elle sait qu’elle a fait la sourde oreille à quelques signaux d’alarme qu’elle reconnaît aujourd’hui. Plus que jamais, elle est convaincue qu’un chef en santé a de meilleures chances d’avoir une entreprise en santé.

Au même titre que son entreprise s’est entourée d’un bon comptable, de bons conseillers en ressources humaines et de bons vendeurs, elle juge qu’un entrepreneur devrait s’octroyer le même privilège en ayant un psychologue comme allié. Baisser les barrières, ouvrir la porte et permettre à d’autres personnes qui l’entourent d’être pour elle des Robin des bois. Même si son entreprise s’en sort très bien dans le contexte, elle reconnaît la nécessité de prendre soin d’elle pour mieux prendre soin des autres, clients y compris.

Et la santé globale dans tout ça?

Une entreprise en mauvaise santé peut avoir des impacts sur la santé de son chef et inversement. C’est de cette réalité que nous avons envie de nous préoccuper au sein de notre firme : la santé globale entrepreneuriale. Comment? En travaillant sur :

  • la santé globale de son entreprise (basée sur sept dimensions permettant d’identifier les défis de l’entreprise ainsi que les sources de stress potentielles pour l’entrepreneur);
  • sa santé psychologique et son bien-être comme entrepreneur;
  • les passerelles pour transformer les répercussions négatives de l’un sur l’autre en effets positifs;
  • la mise en place d’un plan d’action où l’humain est au cœur des interventions.

Prenez soin de vous et communiquez avec nos experts. Notre objectif : vous aider à maintenir l’équilibre afin d’assurer la santé de votre entreprise, de vos employés, de vous et de toutes les facettes de votre entreprise.

Cet article a été rédigé en collaboration avec Nancy Boisvert, psychologue.

18 Juin 2021  |  Écrit par :

Marie-Eve Proulx est experte en conseil en management chez Raymond Chabot Grant Thornton....

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Ghyslain Cadieux
Associé | B.A.A., CPA, CMA | Conseil en management

L’inflation progresse à un rythme préoccupant dans certains secteurs d’activité. Votre entreprise en tient-elle compte dans sa gestion?

Afin de vous prémunir des conséquences de l’inflation, il est nécessaire de mieux contrôler vos coûts de revient pour protéger les marges bénéficiaires de votre entreprise.

Quelles sont les raisons de l’inflation?
Quel est l’impact de l’inflation sur les entreprises?
Comment protéger ses marges bénéficiaires dans un marché inflationniste?

Quelles sont les raisons de l’inflation?

L’indice des prix à la consommation (IPC) a augmenté de 3,4 % au Canada entre avril 2020 et avril 2021. La hausse de l’inflation est avant tout liée à la baisse des prix observée au premier printemps de la pandémie.

Toutefois, il faut considérer que 70 % des composantes du panier de l’IPC affichent une variation annuelle des prix plus importante qu’il y a trois mois; une proportion inégalée depuis dix ans. Dans certains secteurs, la surchauffe est marquée : le prix du bois a doublé en un an et celui de l’acier a doublé depuis l’automne dernier.

Perturbation de la chaîne d’approvisionnement

L’inflation est attribuable en grande partie à des perturbations dans la chaîne d’approvisionnement. La pandémie a causé des interruptions de production ou réduit la main-d’œuvre disponible, et le transport de marchandises a également été affecté de diverses façons dans la dernière année. Il y a donc moins de produits disponibles dans certains secteurs, au moment où la demande explose.

Hausse de la demande dans certains secteurs

Les dépenses des ménages se sont déplacées. À défaut de pouvoir voyager, plusieurs ont décidé de rénover, de décorer, de jardiner ou de s’équiper pour diverses activités de plein air. Tout à coup, dans ces secteurs, la demande est devenue plus grande que l’offre disponible sur le marché, ce qui cause la hausse des prix.

D’ailleurs, l’épargne est relativement élevée et le déconfinement pourra stimuler les dépenses. Toute hausse importante de la demande est susceptible de pousser les prix à la hausse.

Pénurie de main-d’œuvre

D’autres facteurs contribuent à l’inflation : la rareté de la main-d’œuvre pousse des salaires à la hausse. Le secteur de la restauration, par exemple, est fortement touché par cette réalité.

Coûts des mesures sanitaires

Dans certains secteurs, les mesures sanitaires ont occasionné des coûts supplémentaires. Du personnel a dû être ajouté pour faire appliquer les mesures sanitaires et des fournitures supplémentaires étaient nécessaires pour les entreprises (masques médicaux, désinfectant). La distanciation obligatoire a réduit la capacité de production, alors que la demande est demeurée stable ou a augmenté.

Quel est l’impact de l’inflation sur les entreprises?

L’inflation cause l’érosion des marges bénéficiaires des entreprises, puisqu’elle augmente le coût d’achat des intrants.

Dans le secteur de la construction, par exemple, des entrepreneurs ont vendu des maisons à un prix fixé longtemps avant l’achat des matériaux et ils sont obligés de respecter leur promesse, même si le projet n’est plus rentable.

L’érosion des marges, voire leur disparition, met à risque la santé financière de ces entreprises.

Comment protéger ses marges bénéficiaires dans un marché inflationniste?

Avoir une vision claire du coût de revient

Une minorité de PME a une bonne connaissance de ses coûts de revient. Plusieurs établissent une tarification selon les prix du marché, sans vérifier si cela fait sens dans leur propre entreprise. Au minimum, les entreprises devraient connaître la contribution marginale, soit les revenus totaux moins les coûts variables.

Il faut s’assurer de couvrir les frais variables lorsqu’on vend nos produits ou services. Dans le marché actuel, beaucoup de variables changent en même temps (salaires, intrants, coûts des mesures sanitaires) et il importe d’avoir une vision claire des coûts de revient.

Sécuriser les approvisionnements

Il importe de faire le maximum pour sécuriser les approvisionnements. Pouvez-vous signer des contrats d’approvisionnement à plus long terme pour garantir vos achats à des prix prévisibles?

Veillez aussi à soigner vos relations avec vos fournisseurs, car dans le contexte actuel de pénurie, certains pourraient choisir de ne plus vous servir afin de prioriser des clients plus rentables que vous. Une bonne relation a le potentiel d’éviter ce type de déconvenue.

Optimiser les processus

Avant de refiler la hausse des prix aux consommateurs, il est judicieux de vous pencher sur la performance de vos opérations. Jusqu’à présent, peu d’entreprises au Québec ont investi dans une transformation numérique. Optimiser les processus fait généralement bondir la productivité de 15 % à 25 %.

Ainsi, avec la même force de travail, vous générez davantage de services ou de produits et vous gaspillez moins, donc vous réduisez vos coûts de revient. Vous n’êtes pas responsable de l’inflation, mais vous avez le pouvoir de vous adapter en agissant sur cet aspect de vos activités.

Repenser le modèle d’affaires

Parfois, c’est la seule option qui reste. Réfléchir à votre modèle d’affaires et s’ouvrir à de nouvelles occasions dans un marché qui fluctue peut être salutaire pour maintenir les marges à un niveau adéquat pour les secteurs plus vulnérables.

Afin d’éviter des faux pas, faites-vous accompagner par nos experts. Ils sauront vous guider et vous faire gagner temps et argent. D’ailleurs, de nombreux programmes de subventions sont disponibles pour permettre aux entrepreneurs de bénéficier de telles expertises.

16 Juin 2021  |  Écrit par :

Ghyslain Cadieux est expert en conseil en management chez Raymond Chabot Grant Thornton. Communiquez...

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Notre président s’est entretenu avec notre expert Guillaume Caron à propos des problèmes de cybersécurité des PME et de l’importance de s’en prémunir.

L’actualité des derniers mois a recensé des attaques massives de chaîne d’approvisionnement, particulièrement contre des géants technologiques comme SolarWinds, Microsoft, FireEye, etc.

« C’est inquiétant! Ce sont des attaques sans précédent qui ont eu des conséquences graves sur des milliers d’entreprises », déclare Guillaume Caron, président de VARS, la division en cybersécurité de notre firme. Les PME et les institutions du Québec deviennent, de façon collatérale, des victimes de ces attaques massives.

Cyberattaque de la chaîne d’approvisionnement

Une attaque de la chaîne d’approvisionnement est une cyberattaque qui tente d’infliger des dommages à une entreprise en exploitant les vulnérabilités de sa chaîne d’approvisionnement. Cela implique des processus continus de piratage ou d’infiltration pour accéder au réseau d’une organisation.

L’entreprise piratée n’est pas nécessairement la cible finale de l’attaquant. L’élément de la chaîne d’approvisionnement est plutôt une porte d’entrée : le criminel exploite les vulnérabilités de la cible et en tire parti pour atteindre un réseau encore plus grand d’entreprises à attaquer.

« J’entends là une intention malicieuse, orchestrée, qui peut affecter notre clientèle ici au Québec et au Canada », exprime Emilio B. Imbriglio, président et chef de la direction de Raymond Chabot Grant Thornton.

Dans le cas de SolarWinds et de Microsoft, par exemple, on sait que des millions de plus petites entreprises qui utilisent leurs produits et systèmes ont été ciblées par des organisations criminelles qui ont su exploiter les vulnérabilités exposées par ces quelques attaques massives.

« Dans le cas de Microsoft, on peut penser aux vulnérabilités des serveurs de courriels Exchange, par exemple. Dans les derniers mois, nous sommes intervenus dans plusieurs attaques importantes, soit par rançon ou autre, qui ciblaient des PME de partout dans le monde et même ici, au Québec », explique Guillaume Caron.

Une petite organisation, tout comme une grande, peut subir de graves conséquences d’une cyberattaque, que ce soit sur le plan financier ou sur le plan de la réputation de l’entreprise auprès de ses clients, des investisseurs et des fournisseurs. Elle peut aussi être entraînée dans des litiges importants.

L’importance de se protéger au moment de sa transformation numérique

Avec la transformation numérique, les organisations ont recours à l’Internet des objets (IoT), souvent utilisés pour interconnecter des systèmes, des réseaux et des entreprises, afin d’accélérer les processus d’affaires. Bien entendu, cela augmente considérablement la surface d’attaque et il devient de plus en plus difficile de protéger tous les vecteurs. C’est pourquoi il est important de procéder continuellement à des analyses de risque afin de repérer ces portes d’entrée et de mettre en place des contrôles : outils technologiques, processus d’affaires, politiques, etc.

Une étude de la firme Léger révèle que la proportion des PME qui planifient investir dans des solutions de cybersécurité au cours des deux prochaines années a chuté, passant de 42 % en 2019 à seulement 25 % en 2020. Toutefois, comme l’explique Guillaume Caron, « en 2021, il n’y a pas d’excuse pour laisser une entreprise ouverte à des problèmes majeurs de cybersécurité ».

Il existe maintenant des outils facilement déployables et abordables que les PME peuvent utiliser pour se protéger. Peu importe le secteur d’activité, des criminels peuvent entrer dans une entreprise et en prendre le contrôle, télécharger des données sensibles, voler de l’information, etc. Si les machines ne fonctionnent plus, elles ne peuvent plus produire. Si les postes de travail sont bloqués, les employés ne peuvent plus travailler. Les répercussions sont majeures sur la survie d’une petite ou moyenne entreprise.

Comment faire pour mieux s’outiller en tant que PME?

De nos jours, ce n’est pas de savoir « si » une cyberattaque surviendra, mais « quand » elle surviendra. Toute entreprise doit se protéger et avoir un plan d’action concret lorsqu’une attaque survient.

De plus en plus, on parle de « risques liés aux tierces parties ». Les gouvernements, les grandes entreprises et les PME qui font affaire avec d’autres organisations ne peuvent plus faire confiance aveuglément à leurs partenaires d’affaires. Il s’agit ici de confier de l’information parfois vitale, sensible, stratégique ou secrète à d’autres organisations qui ne valorisent pas nécessairement autant la culture de sécurité.

Les grandes institutions formulent souvent des demandes à leurs fournisseurs concernant la conformité et le respect de certaines normes en sécurité de l’information afin de s’assurer qu’il n’y a aucune faille entre elles et leurs partenaires ou fournisseurs qui serait exploitée en cas d’attaque de la chaîne d’approvisionnement.

« Les PME devraient aussi exiger de leurs partenaires et de leurs fournisseurs que des mesures de cybersécurité soient en place pour travailler avec elles; ce n’est pas une exigence qui devrait être exclusive aux grandes institutions et aux gouvernements », déclare Guillaume Caron.

Il est primordial, aujourd’hui, d’être capable de démontrer que l’entreprise a mis en place les contrôles adéquats. Il existe des standards et des normes auxquels on peut se conformer. Il faut pouvoir démontrer qu’une culture de sécurité est en vigueur dans l’entreprise en présentant des faits. Cela devient même un avantage concurrentiel dans le milieu des affaires.

Visionnez l’entretien en entier sur notre site web.