Jean-François Lépine
Directeur | Fiscalité

Il s’écrit et se dit beaucoup de choses ces jours-ci sur la technologie informatique blockchain. Au-delà de son utilisation initiale pour la gestion des cryptomonnaies, il semblerait que la blockchain a le potentiel pour révolutionner les façons de faire et provoquer des changements dans plusieurs secteurs d’activités.

De la gestion de la chaîne d’approvisionnement jusqu’au déploiement de solutions de stockage de données sécurisées, en passant par la gestion de dossiers médicaux numériques… l’imagination semble constituer la seule barrière aux applications possibles de cette technologie qui semble être en voie de devenir une « panacée numérique ».

Pour vous aider à naviguer dans cet océan très agité sans vous sentir submergé, nous vous proposons une série de trois articles sur le sujet. Dans ce premier volet, les concepts sous-jacents de la blockchain seront suffisamment vulgarisés pour que vous puissiez comprendre le deuxième volet, soit son utilisation pour prévenir la fraude des cryptomonnaies, et le troisième volet, qui expliquera comment elle peut être généralisée pour des domaines dans lesquels il ne semble pas naturel de la déployer.

La technologie blockchain en cinq minutes

Annoncée comme la prochaine révolution, après celle provoquée par l’arrivée d’internet, la blockchain promet des transactions en toute sécurité avec quiconque, et ce, sans même connaître son partenaire d’échange ni utiliser d’intermédiaire.

Comment ça fonctionne ?

Pour combler cette promesse, la technologie propose de laisser une trace ineffaçable et inaltérable de toutes les transactions dans un registre (ou grand livre). Ce dernier est en réalité un système informatique composé de blocs qui contiennent toutes les transactions passées et qui sont placés dans une chaîne en perpétuelle croissance (blockchain se traduit par « chaîne de blocs »).

Avant toute transaction, le système valide que celui ou celle qui prétend posséder le bien qui fait l’objet de la transaction le possède réellement. Pour ce faire, des ordinateurs vont balayer l’ensemble de la chaîne pour s’assurer de la probité de la transaction. Une fois qu’elle est validée, un nouveau bloc, contenant un nombre indéterminé de transactions, est créé et ajouté à la chaîne.  Le système est composé d’un ensemble d’ordinateurs connectés en réseau et est totalement décentralisé. Ça va jusqu’ici? Continuons.

La partie la plus difficile à comprendre est la méthode utilisée pour contrer les fraudeurs et s’assurer de la véracité totale et sans équivoque de l’information contenue dans le registre. Comme le système est décentralisé, chaque ordinateur du réseau doit posséder une copie du registre qui doit être mis à jour au fur et à mesure que des transactions sont réalisées. Mais comment empêcher qu’un individu malveillant profite du système en y introduisant de fausses transactions? C’est ici qu’entre en jeu un aspect très important de la blockchain: l’utilisation des mêmes théories et concepts mathématiques appartenant à la science de la cryptographie, soit ceux utilisés pour sécuriser vos transactions bancaires et vos achats en ligne.

D’abord, pour qu’une transaction ait lieu, une relation de confiance entre les parties (qui ne se connaissent pas) doit être établie. Cela est réalisé par le biais d’un échange de clés de codage publiques et l’utilisation de clés de décodage privées afin de garantir l’identité correcte des participants. La description de ces concepts dépasserait largement la portée du présent article et n’est pas essentielle à la bonne compréhension de la blockchain, mais sachez que le système bitcoin utilise un chiffrement de 256 bits. En d’autres mots, déchiffrer une telle clé reviendrait à trouver un chiffre au hasard dans un jeu de données de 2 exposant 256, ce qui est mathématiquement inatteignable. Pour en savoir davantage sur cet aspect, un bon résumé peut être trouvé en ligne à cette adresse.

Enfin, pour ce qui est du réseau blockchain, on assure l’ajout de blocs non frauduleux dans la chaîne en créant des dépendances entre les blocs ajoutés par le calcul et l’insertion dans les blocs de ce que l’on appelle des codes de hachage, c’est-à-dire la codification de l’information déjà stockée dans les blocs de la blockchain. Cette approche fait en sorte que toute tentative de modifier ne serait-ce qu’une infime partie de l’information déjà contenue dans la chaîne de blocs (un seul bit, ou chiffre binaire, suffit) serait rapidement détectée et rejetée par le réseau.

Quels sont les impacts?

Comme nous pouvons le constater, la blockchain permet de faire des échanges sécurisés entre inconnus, sans l’intervention d’une autorité centrale responsable de gérer les transactions. C’est précisément cet aspect de la technologie qui bouleverse plusieurs modèles transactionnels qui sont traditionnellement basés sur une notion de confiance émanant d’entités établies et qui ont développé avec le temps la notoriété nécessaire pour gagner la confiance des participants.

Toutefois, l’histoire récente a démontré que cette confiance s’est érodée au fil des années, notamment lors de la dernière crise financière au cours de laquelle plusieurs banques centrales censées garantir et protéger la valeur des actifs des systèmes monétaires ont connu des failles importantes. L’attrait de la blockchain est qu’il est maintenant possible d’imaginer des systèmes de gestion de biens en particulier et de données dans un sens plus large capables de se passer de tierces parties centrales responsables de leur contrôle.

Traçabilité des données

Une autre caractéristique importante de la technologie blockchain doit être mise en relief: la traçabilité. Comme nous avons vu, un registre blockchain contient toujours la totalité des transactions acceptées par les participants du réseau et il est hautement improbable que quiconque puisse altérer les données qui y sont inscrites. Cette caractéristique fait en sorte que la technologie blockchain permet le développement d’outils de suivi capables de retracer de façon fiable toute opération faite dans le système. Nous reparlerons de cette caractéristique et présenterons des exemples concrets dans un article subséquent.

Pour de plus amples renseignements, sachez que Raymond Chabot Grant Thornton a annoncé en juillet 2017 la mise sur pied d’un centre d’expertise portant sur la technologie blockchain à Montréal. L’objectif de cette démarche est de fournir aux entreprises l’expertise nécessaire pour effectuer la transition vers l’adoption de cette nouvelle plateforme numérique. Nous vous encourageons à visiter le site de Catallaxy.

26 Sep 2017  |  Écrit par :

Directeur, fiscalité, Raymond Chabot Grant Thornton

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